Pendant plusieurs années, le Développement Professionnel Continu (DPC) a été perçu comme un dispositif complexe, administratif et difficile à intégrer pleinement dans la stratégie de formation continue des Universités de médecine.
Mais, le contexte a évolué.
Entre l’obligation de développement professionnel continu, les nouveaux changements de la certification périodique, la nécessité pour les professionnels de santé d’actualiser régulièrement leurs connaissances et leurs compétences et le développement des nouveaux usages numériques, la formation continue des professionnels de santé retrouve aujourd’hui une place centrale.
Et dans ce nouvel environnement, les Universités de médecine ont une carte majeure à jouer.
Elles disposent déjà de ce qui constitue probablement la ressource la plus précieuse : l’expertise scientifique et médicale de leurs enseignants, de leurs équipes hospitalo-universitaires et de leurs partenaires.
Elles disposent également d’un patrimoine pédagogique important constitué, notamment, par leurs Diplômes Universitaires (DU) et Diplômes Interuniversitaires (DIU).
Une partie de ces enseignements peut s’inscrire aujourd’hui dans une logique de formation continue, dès lors que les actions concernées répondent aux exigences réglementaires et pédagogiques applicables.
Autrement dit : plutôt que d’opposer formation universitaire, DU/DIU et DPC, il existe aujourd’hui une réelle opportunité de mieux articuler ces différents dispositifs.
Le DPC une action importante de la formation des professionnels de santé
Le principe du Développement Professionnel Continu est clair : permettre aux professionnels de santé de maintenir et d’actualiser leurs connaissances et leurs compétences tout au long de leur exercice, tout en contribuant à l’amélioration de leurs pratiques professionnelles.
Le Code de la santé publique définit ainsi le DPC autour du maintien et de l’actualisation des connaissances et des compétences ainsi que de l’amélioration des pratiques.
Les orientations prioritaires du DPC, maintenant gérées avec les CNP, constituent un cadre permettant d’orienter les actions vers des enjeux identifiés de santé publique, de profession ou de spécialité.
Un élément récent est particulièrement important pour les acteurs de la formation : les orientations prioritaires qui avaient été définies pour la période 2023-2025 ont été successivement prorogées, et un arrêté du 3 juin 2026 prévoit leur prolongation pour l’année 2027.
Et si les Universités prenaient une place plus importante dans le DPC ?
Il existe parfois une idée selon laquelle le DPC serait essentiellement le territoire des organismes privés de formation.
Cette vision mérite d’être dépassée. Le législateur reconnaît explicitement la place de l’Université dans le dispositif.
Le Code de la santé publique précise ainsi que l’Université participe, par son expertise pédagogique dans le domaine de la formation initiale et continue des professionnels de santé, au développement professionnel continu.
Elle rappelle que les Universités médicales et paramédicales ne sont pas simplement des acteurs susceptibles de proposer ponctuellement des formations continues. Leur expertise pédagogique est reconnue comme participant pleinement au développement professionnel continu des professionnels de santé.
Le cadre réglementaire prévoit également qu’un professionnel peut faire valoir les formations organisées par l’Université qu’il a suivies dans son parcours de formation périodique.
Pour les facultés de médecine, cette articulation entre enseignement universitaire et développement professionnel continu mérite donc aujourd’hui d’être réinterrogée.
Les Universités médicales et paramédicales disposent des enseignants experts, des contenus, des spécialités, des réseaux hospitalo-universitaires et surtout d’une légitimité scientifique et académique particulièrement forte auprès des professionnels de santé.
Les DU et DIU constituent un patrimoine pédagogique
Chaque année, les facultés de médecine proposent un nombre important de DU et de DIU couvrant pratiquement tous les domaines de la médecine.
Ces diplômes répondent souvent à des besoins extrêmement concrets rencontrés par les professionnels dans leur exercice : nouvelles techniques diagnostiques ou thérapeutiques, nouvelles recommandations, prise en charge de pathologies spécifiques, prévention, qualité et sécurité des soins, coordination des parcours, nouvelles technologies, intelligence artificielle, pratiques interventionnelles, etc.
Ces formations reposent généralement sur des équipes pédagogiques particulièrement qualifiées.
Pourtant, leur potentiel en matière de formation continue peut parfois rester insuffisamment exploité.
Le DU ou le DIU est traditionnellement considéré comme un parcours universitaire complet, suivi sur plusieurs mois et donnant lieu à une validation universitaire.
Mais certains enseignements, modules ou parcours peuvent également correspondre à des besoins de formation continue clairement identifiés chez les professionnels.
C’est ici que l’articulation avec le DPC devient particulièrement intéressante.
Un DU ou un DIU n’est toutefois pas automatiquement une action DPC
Le simple fait qu’une formation soit délivrée par une Université, ou qu’elle appartienne à un DU ou à un DIU, ne suffit pas à la transformer automatiquement en action de DPC susceptible d’être publiée ou financée dans le cadre du dispositif de l’Agence nationale du DPC.
Pour qu’une action s’inscrive dans le cadre des orientations prioritaires du DPC, différentes exigences doivent être respectées.
L’action doit notamment correspondre à une orientation prioritaire applicable, respecter les méthodes et modalités reconnues pour le DPC et être mise en œuvre dans le cadre réglementaire prévu, notamment par une structure ou un organisme enregistré lorsque cela est requis.
C’est donc moins le titre « DU » ou « DIU » qui importe que la manière dont le parcours pédagogique est structuré et documenté au regard des exigences des nouveaux référentiels de certifications.
Partir de l’existant plutôt que recréer de nouvelles formations
Les Universités médicales et paramédicales n’ont pas nécessairement besoin de repartir d’une page blanche pour développer leur offre de formation professionnelle continue. Elles peuvent commencer par analyser leur catalogue existant de DU et DIU.
Pour chaque diplôme, plusieurs questions peuvent être posées :
- À quels professionnels de santé cette formation s’adresse-t-elle ?
- Quels besoins professionnels couvre-t-elle ?
- Existe-t-il une orientation prioritaire du DPC correspondant à tout ou partie de son contenu ?
- Certains modules pourraient-ils constituer des parcours autonomes ?
- Les objectifs pédagogiques sont-ils suffisamment formalisés ?
- Les connaissances ou pratiques sont-elles évaluées ?
- Le parcours permet-il de documenter la participation effective du professionnel ?
- Les modalités pédagogiques peuvent-elles être adaptées aux méthodes reconnues dans le cadre du DPC ?
- Le parcours pourrait-il être proposé en présentiel, en classe virtuelle, en e-learning ou sous une forme mixte ?
Cette analyse peut faire apparaître un potentiel considérable.
Un DU comportant plusieurs dizaines d’heures d’enseignement pourrait, par exemple, comprendre certains blocs pédagogiques correspondant à des besoins précis de développement professionnel.
Il peut être pertinent de construire des passerelles entre le catalogue universitaire existant et une offre de formation professionnelle continue structurée.
Transformer l’expertise universitaire en parcours accessibles tout au long de la carrière
Tous les professionnels de santé ne souhaitent pas nécessairement s’engager chaque année dans un diplôme universitaire complet.
En revanche, ils peuvent avoir besoin d’actualiser leurs connaissances sur une thématique très précise.
- Un médecin peut souhaiter actualiser ses pratiques sur une recommandation récente.
- Un chirurgien peut vouloir approfondir une technique.
- Un professionnel paramédical peut avoir besoin de renforcer ses compétences dans une prise en charge spécifique.
- Un praticien peut vouloir suivre quelques heures d’enseignement auprès d’un expert universitaire sans nécessairement s’inscrire dans un cursus de plusieurs mois. La digitalisation permet justement d’imaginer cette nouvelle granularité.
Une même expertise universitaire peut désormais donner naissance à plusieurs formats complémentaires : diplôme universitaire, enseignement présentiel, classe virtuelle, module e-learning, formation courte ou parcours associant formation et évaluation des pratiques.
L’enjeu n’est donc plus uniquement de « mettre un DU en ligne ». Il consiste à transformer un patrimoine pédagogique universitaire en une véritable offre de formation continue accessible tout au long de la carrière professionnelle.
La certification périodique renforce encore cette logique
Un deuxième mouvement réglementaire vient renforcer l’intérêt de cette réflexion : la certification périodique des professionnels de santé.
Le dispositif concerne les professions de santé à ordre et s’articule autour de quatre grands axes : actualiser les connaissances et les compétences, renforcer la qualité des pratiques professionnelles, améliorer la relation avec les patients et mieux prendre en compte la santé personnelle du professionnel.
Le Code de la santé publique prévoit par ailleurs que les actions réalisées au titre du DPC, de la formation continue et de l’accréditation sont prises en compte dans le cadre de la certification périodique, selon les référentiels applicables à chaque profession.
Pour les Universités, cette évolution est importante. Elle confirme que la formation professionnelle ne doit plus être pensée comme une succession d’actions isolées.
Nous entrons progressivement dans une logique de parcours professionnel continu, dans lequel différentes actions peuvent accompagner le professionnel au fil de sa carrière.
Formation initiale, DU, DIU, formation continue, DPC, évaluation des pratiques, gestion des risques et certification périodique peuvent ainsi être considérés comme les différentes composantes d’un continuum de développement des compétences.
Et quel acteur est historiquement mieux placé que l’Université pour accompagner ce continuum ?
Un enjeu également stratégique pour les Universités de médecine
Cette évolution représente bien sûr une opportunité pédagogique. Mais elle peut également constituer une opportunité stratégique pour les Universités.
Les Universités médicales et paramédicales possèdent une expertise considérable qui reste parfois difficile à diffuser au-delà du nombre de places disponibles dans les enseignements traditionnels.
La formation numérique permet de changer d’échelle.
Un contenu conçu avec un professeur ou une équipe hospitalo-universitaire peut être structuré, enrichi, évalué, actualisé puis diffusé à une population beaucoup plus large de professionnels.
L’Université peut ainsi prolonger sa mission bien au-delà de la formation initiale.
Elle peut accompagner les médecins et les autres professionnels de santé pendant toute leur carrière professionnelle.
Une université peut devenir un véritable hub de formation continue pour les professionnels de son territoire, ses établissements hospitaliers partenaires, les médecins libéraux, les communautés professionnelles territoriales de santé, les structures de soins et les autres acteurs de santé.
Elle peut également valoriser davantage ses enseignants et leurs expertises.
Le principal obstacle n’est probablement plus le contenu
Lorsque nous échangeons avec les acteurs universitaires, un constat revient régulièrement : le savoir existe déjà.
Il faut transformer ce savoir en parcours pédagogiques structurés, organiser les inscriptions, digitaliser ou pas les contenus, créer les évaluations, suivre la participation, gérer les documents administratifs, assurer la traçabilité, produire les attestations, documenter les actions et respecter les différents cadres réglementaires applicables.
Autrement dit, le véritable enjeu est souvent de simplifier le passage entre expertise médicale et formation professionnelle structurée.
La technologie et l’intelligence artificielle peuvent aujourd’hui contribuer à réduire considérablement cette complexité.
Un enseignant doit pouvoir partir de ce qu’il possède déjà, un PowerPoint, un PDF, un cours, un protocole, une vidéo ou simplement son expertise et être accompagné dans la structuration pédagogique de sa formation.
L’outil doit ensuite l’aider à formaliser les objectifs pédagogiques, les prérequis, le programme, les évaluations, les quiz, les questionnaires pré et post-formation, les éléments de traçabilité et les documents nécessaires.
La technologie ne remplace évidemment pas l’expertise scientifique de l’enseignant.
Elle doit au contraire lui permettre de consacrer davantage de temps à son expertise et moins de temps aux contraintes techniques et administratives.
Le DPC est une opportunité de conquête universitaire de la formation continue
La question n’est donc peut-être plus de savoir si les Universités doivent s’intéresser davantage au DPC.
La véritable question pourrait être :
Comment leur permettre de transformer plus facilement leur formidable patrimoine scientifique et pédagogique en formations accessibles aux professionnels de santé tout au long de leur carrière ?
Les DU et DIU constituent pour cela un point de départ particulièrement intéressant.
Il ne s’agit pas de transformer artificiellement tous les diplômes universitaires en actions DPC.
Il s’agit d’identifier intelligemment, au sein des enseignements existants, les thématiques, parcours et modules répondant aux besoins des professionnels et pouvant être structurés dans le respect des orientations et méthodes applicables.
Cette démarche peut permettre aux Universités de développer progressivement une véritable stratégie de formation continue numérique.
Une stratégie dans laquelle un même savoir universitaire peut vivre sous plusieurs formes.
- Un DU ou un DIU pour celui qui souhaite suivre un cursus approfondi.
- Une formation courte pour celui qui souhaite acquérir une compétence précise.
- Une action DPC lorsqu’elle répond aux conditions du dispositif.
- Un parcours digital pour permettre l’accès à distance.
Et demain, des parcours participant plus largement au suivi de la certification périodique des professionnels.
Une nouvelle étape pour la formation médicale universitaire
Le DPC n’est probablement pas une fin en soi. Il constitue l’une des composantes d’une transformation beaucoup plus large de la formation des professionnels de santé.
Pendant longtemps, l’Université a principalement accompagné le professionnel jusqu’à l’obtention de son diplôme, puis au travers de DU et DIU.
Demain, elle peut devenir l’un des acteurs majeurs de l’accompagnement du professionnel pendant toute sa vie professionnelle.
Elle possède pour cela trois actifs essentiels : la connaissance scientifique, les experts et la confiance des professionnels.
Il reste à lui donner les outils permettant de transformer plus simplement cette expertise en parcours numériques, traçables, évaluables et compatibles avec les différents dispositifs de formation professionnelle.
C’est précisément dans cette perspective qu’Opero a été imaginé : simplifier la création, la digitalisation, la diffusion et le pilotage de la formation en santé, tout en accompagnant les équipes dans la structuration pédagogique, le suivi administratif, le respects des critères Qualiopi et réglementaire de leurs parcours.
L’objectif n’est pas de remplacer les outils ou les équipes des Universités mais de permettre de faire ce qu’elles savent faire de mieux : transmettre le savoir médical et faire progresser les pratiques.
Le contexte actuel ouvre une fenêtre particulièrement intéressante.
Le DPC conserve toute sa place dans le développement des compétences. Les orientations prioritaires sont prolongées jusqu’en 2027. La certification périodique renforce la logique de formation tout au long de la vie professionnelle. Et les usages numériques permettent désormais de diffuser beaucoup plus largement les enseignements universitaires.
Les Universités disposent déjà du savoir.
Le prochain enjeu est de leur permettre de le diffuser autrement, plus largement et tout au long de la carrière des professionnels de santé.
Sources réglementaires
Code de la santé publique, notamment les articles relatifs au développement professionnel continu et à la participation des Universités au dispositif.
Arrêté du 3 juin 2026 prorogeant pour 2027 les orientations prioritaires de développement professionnel continu précédemment définies pour la période 2023-2025.
Dispositions relatives à la certification périodique des professionnels de santé et à la prise en compte des actions de DPC, de formation continue et d’accréditation.
Opero, la solution qui simplifie le pilotage de la formation en santé





